Kim Il-sung (15 avril 1912 - 8 juillet 1994) a été le fondateur et le premier dirigeant de la Corée du Nord de 1948 jusqu'à sa mort.

Kim Il-sung a occupé les postes de Premier ministre de 1948 à 1972 et de président de la République à partir de 1972, mais la réelle source de son pouvoir était son poste de Secrétaire général du Parti des ouvriers coréens ou Parti du travail de Corée.

Premières années

Né sous le nom de Kim Song-ju à Pyongyang, Kim Il-sung est l'ainé de trois fils. Sa famille s'installe en Mandchourie, où Kim passe l'essentiel de sa jeunesse et de sa scolarité, sauf deux années, en 1924 et 1925, pendant lesquelles il fréquente l'école Changdok près de Pyongyang.

En 1929, il est exclu de son école sans doute suite à sa participation à une petite organisation communiste. Il est possible qu'il ait fait un temps de prison pour cette participation, mais c'est peu après qu'il change de nom et c'est en 1932 qu'il rejoint ou organise un premier groupe de résistant à l'occupant japonais qui a transformé la Mandchourie en Manchoukouo [1]. Comme d'autres groupes de partisans coréens, il s'intègre aux forces communistes chinoises qui s'organisent peu à peu entre 1931 et 1935 pour combattre les japonais. C'est au sein de la Seconde Armée, surtout active dans l'est de la Mandchourie, que Kim s'illustre et se hisse au grade de commandant de division (une centaine d'hommes) [2]. Mais le fait d'armes qui lui vaut d'être reconnu par les Japonais comme un des résistants les plus notoires à abattre absolument est un raid qu'il organise le 4 juin 1937 sur Pochonbo, une ville coréenne, en coordination avec une association de résistance locale. Il occupe la ville une journée avant de se retirer en Mandchourie, poursuivi par des policiers Japonais qu'il défait dans une embuscade [3].

C'est à cette époque qu'il rencontre son épouse Kim Jong-suk, qui est également la mère de l'actuel dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-il. Née le 24 décembre 1919, elle est également de ces coréens installés en Mandchourie et semble avoir rejoint la guérilla communiste dès 1935.

En 1940, alors que les forces japonaises lancent une offensive destinée à liquider la guérilla communiste, Kim devient commandant d'une des trois Armées plus particulièrement actives dans le sud de la Mandchourie. Dans les combats qui s'ensuivent, la guérilla est balayée, et Kim est le seul commandant qui n'est pas tué ou capturé. Poursuivi par les Japonais qui sont renseignés par des résistants capturés, dont l'ancien supérieur de Kim, il finit par se replier en 1941 en Union soviétique avec ce qui reste de sa Division et est intégré dans une unité internationale de l'Armée rouge [4] où il atteint le grade de capitaine [5] ou de major [6]. Il existe des rapports sur des incursions de Kim en Mandchourie, mais il ne semble pas avoir participé aux combats qui suivent la déclaration de guerre de l’URSS et l’invasion du Mandchoukuo par les forces soviétiques le 8 août 1945[7]. C'est donc dans un Pyongyang occupé par les soviétiques qu'il débarque le 19 septembre 1945 avec son groupe de résistants coréens [8]. Selon certaines sources, lui et ses camarades sont en uniforme de l'Armée Rouge, Kim Il-sung portant les insignes de capitaine ou de major [9].

Modernisation économique et indépendance politique

Après la guerre de Corée (1950-1953), la Corée du Nord a reconstruit rapidement son économie en s'industrialisant "au rythme de Chollima", le cheval ailé des légendes coréennes qui parcourait 1 000 li par jour. Le taux de croissance économique, estimé à plus de 10 % par an dans les années 1960, se ralentit ensuite puis devient négatif au début des années 1990, sous l'effet de la disparition des démocraties populaires en URSS et en Europe de l'Est qui prive la Corée du Nord de ses partenaires traditionnels.

Kim Il-sung a défini la diplomatie nord-coréenne selon une politique d'équilibre et d'indépendance à l'égard de ses deux puissants voisins communistes, la Chine et l'URSS, ce qui a longtemps contribué à lui donner une image meilleure que celle d'autres dirigeants socialistes auprès des chefs d'État et de gouvernement occidentaux. [10]. Conformément à cette volonté d'indépendance, les troupes soviétiques ont quitté la Corée dès la fin de l'année 1948 et la Corée du Nord n'a jamais adhéré au COMECON.

Dans le domaine religieux, l’Église catholique a dénoncé des persécutions, à l'origine de l'ouverture d'un procès en béatification de 53 martyrs morts entre 1949 et 1952.

Dès 1960 puis à nouveau en 1972, Kim Il-sung a effectué des propositions en vue d'une réunification pacifique de la Corée finalisées dans le projet d'une "République confédérale démocratique de Koryŏ", consistant à proposer (selon une formule pouvant être comparée à celle aujourd'hui envisagée pour la Chine et Taïwan) un seul État pour deux systèmes [11].

Sa mort, survenue lors d'une attaque cérébrale, a donné lieu à d'immenses scènes de pleurs dans toute la Corée du Nord, souvent interprétées comme surréalistes en Occident. Des récits des réfugiés nord-coréens témoignent toutefois de l'affection sincère des Nord-Coréens envers leur président.[12] Cependant, selon Hwang Jang-yop, les scènes d'émotion étaient causées par la combinaison du culte de la personnalité voué à Kim Il-sung et de la peur de représailles. Ainsi, le parti menait des enquêtes sur l'intensité du chagrin de la population, dont il déduisait leur loyauté ; les patients qui ne sortaient pas des hôpitaux et ceux qui continuaient de boire ou de faire la fête après l'annonce de la mort étaient punis.[13]

Le culte du Grand Leader

La vénération dont Kim Il-sung a été et est toujours l'objet en Corée du Nord s'inscrit dans une filiation confucéenne qui a déifié les empereurs de Corée et affirmé le principe du respect de l'autorité, des pères et des maîtres. Ce "respect", selon le terme utilisé par les Nord-Coréens, est aussi interprété par les Occidentaux comme un culte de la personnalité propre au stalinisme. Tous les Nord-Coréens portent le badge du Grand Leader. Son portrait orne l'ensemble des bâtiments officiels et est accroché dans tous les logements privés en Corée du Nord.

Le « Grand Leader » a reçu le titre posthume, en 1998, de « Président éternel ». Il est le père de l'actuel chef du pays, Kim Jong-il, « le cher dirigeant » : la Corée du Nord constitue ainsi le seul cas à ce jour d'une succession dynastique dans un Etat se réclamant du socialisme, et plus précisément des idées du juche définies par le président Kim Il-Sung.

L'ère officielle pour la datation des actes, en Corée du Nord, débute à sa naissance en tant qu'année d'origine de l'ère juche. L'ère juche débute au 1er janvier et non au 15 avril, date anniversaire de la naissance du président Kim Il-sung qui est l'une des fêtes nationales de la Corée du Nord.

Une orchidée a été baptisée Kimilsungia par référence au président Kim Il-sung.

  1. Les historiens nord-coréens retiennent le 25 avril 1932 comme date de la création de ce qui deviendrait l'Armée du Peuple Coréen
  2. La connaissance que Kim avait du chinois et son éducation chinoise lui servirent lorsque l'armée de guérilla fut secouée par des incidents visant les coréens, soupçonnés d'intelligence avec les Japonais
  3. Le raid est décrit de manière grandiloquente par l'agence de presse nord-coréenne KCNA
  4. Dont le nom officiel était la 88eme Brigade ou Division. Bradley K. Martin (Under the loving care of the of the fatherly leader, (ISBN 0312322216), p. 48) précise que la 88eme Brigade était une unité de reconnaissance. Voir aussi Dae-Sook Suh, Kim Il Sung: the North Korean Leader, (ISBN 0231065728), p. 50
  5. Selon Bradley K. Martin
  6. Selon Dae-Sook Suh qui cite cependant les deux informations sans réellement se prononcer. Les témoignages les plus crédibles -tel celui du major Lebedev, sont cependant ceux parlant du grade de capitaine
  7. Le mouvement des troupes soviétiques s'arrête au 38e parallèle nord suite au débarquement des forces américaines à Incheon le 8 septembre
  8. Une quarantaine d'hommes selon Lebedev
  9. Les sources sur le fait qu'il portait cet uniforme sont toutes des témoignages, tel celui du major général Nikolai Lebedev, et certains auteurs considèrent parfois ces sources avec circonspection, tel Sung Chul-yang dans "The North and South Korean Political Systems. A comparative analysis", (ISBN 1565911059), pp. 369-370
  10. En 1981, François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste, avait ainsi effectué un voyage en Corée du Nord pour renforcer sur la scène internationale sa stature de candidat à l'élection présidentielle. La France n'a toutefois pas établi de relations diplomatiques avec la Corée du Nord après 1981 et elle reste à ce jour le seul État de l'Union européenne, avec l'Estonie, à ne pas reconnaître la République populaire démocratique de Corée. (voir l'article détaillé sur les relations entre la Corée du Nord et la France)
  11. voir l'article détaillé réunification de la Corée
  12. Dans un récit de recueil de témoignages auprès de plusieurs dizaines de Nord-Coréens, notamment réfugiés en Chine et en Corée du Sud, les journalistes Juliette Morillot et Dorian Malovic, chef du service "Asie" au quotidien La Croix, soulignent que « Tous [les Nord-Coréens rencontrés] éprouvent une grande nostalgie des années Kim Il-sung. Un "Grand Leader" aimé et pas seulement "vénéré aveuglément", comme on voudrait trop nous le faire croire, un Grand Leader qui au lendemain de la guerre a transformé aux yeux de toute une génération un pays pauvre et détruit en un pays où chacun avait de la nourriture, un toit, un métier, l'accès à l'éducation : la République populaire démocratique de Corée » (extrait d'"Évades de Corée du Nord, Belfond - Presses de la Cité, novembre 2004, pp. 11-12).
  13. Hwang Jang-yop, The Problems of Human Rights in North Korea (3)
Albert Perrot, né en 1898, était un syndicaliste des PTT. Il dirigea la fédération nationale des travailleurs des PTT-CGT, lors de la réunification syndicale, en 1935. Membre du cabinet de René Belin, sous le Régime de Vichy, il fut exclu de toute organisation syndicale, en 1944.

repères biographiques

    * chef monteur des installations téléphoniques aux PTT, il appartient au Syndicat des Ouvriers des PTT, une des trois organisations qui se rassemblent en 1919, pour constituer la Fédération nationale des travailleurs des PTT, couramment appelée "Fédération postale". Celle-ci adhère à la CGT. En 1920, il est trésorier de son Syndicat.
    * En juillet 1934, il succède à Émile Courrière au secrétariat général de la fédération postale CGT.
    * lors de la réunification syndicale, qui s'effectue en décembre 1935, Albert Perrot, au 8e congrès de la fédération postale, il est élu secrétaire général d'une fédération syndicale forte de plus de 58 000 adhérents, pour une population d' environ 150 000 agents travaillant aux PTT. En juin 1936, la "Fédération postale", comme toutes les organisations syndicales de fonctionnaires, soutient activement le mouvement de grève, sans y participer. Elle affirme ainsi son soutien au gouvernement de Front populaire.
    * De 1936 à 1938, il fait partie d'un organisme gouvernemental consultatif , le Conseil national économique. Il est également membre suppléant du Conseil supérieur des PTT. Dans le même temps, il collabore au journal Syndicats, créé par René Belin, opposé aux communistes, et de plus en plus distant de Léon Jouhaux.
    * En mai 1938, au 9e congrès de la Fédération nationale des travailleurs des PTT il est réélu à la direction de cette organisation syndicale, qui annonce plus de 100 000 adhérents.
    * il cède la direction de la fédération postale, en octobre 1938, à un de ses camarades de même tendance, Aimé Cougnenc.
    * Proche de René Belin, lui aussi ancien syndicaliste aux PTT, devenu Ministre de la Production industrielle et du Travail du gouvernement Pétain, il est appelé par lui pour devenir son Chef de cabinet, durant l'été 1940. Il participe activement à la mise en place de la Charte du Travail. Il collaborre au journal L'Atelier, qui regroupe la plupart des syndicalistes ralliés au régime de Vichy
    * En 1944, il est "épuré" de son Admistration d'origine, les PTT, et exclus de tout syndicalisme.
Roland Silly était un grand syndicaliste et homme politique français de gauche.

Dans les années 1930, Roland Silly était secrétaire de la Fédération des techniciens de la CGT et membre du parti socialiste SFIO, de la tendance Paul Faure.

Sous l'occupation allemande (1940-1944), Roland Silly était l'un des dirigeants du Rassemblement national populaire, parti ultra-collaborationniste de Marcel Déat, et le chef des Jeunesses national-populaire, le mouvement de jeunesse de ce parti.

Encore un grand socialiste fidèle à la gauche jusqu'au bout.
Analyse du CRI  dans le "Cri des travailleurs" n°32:

Népal : Après leur large victoire aux élections à l'Assemblée Constituante, les maoïstes promettent... de diriger l'État bourgeois et de développer le capitalisme !

Quôc-Tê Phan

Dans notre précédent article consacré au Népal (cf. Le CRI des travailleurs n° 30, janvier-février 2008), nous avons montré comment le Parti Communiste du Népal (Maoïste), ou PCN(M), avait trahi les aspirations des masses népalaises en canalisant la révolte populaire dans le cadre de la « démocratie » bourgeoise. Aujourd’hui, après et malgré leur large victoire aux élections à l’Assemblée Constituante du 10 avril, les dirigeants maoïstes réaffirment leur volonté de liquider le processus révolutionnaire en promettant de développer et gérer loyalement le capitalisme et ses institutions.

Victoire électorale du PCN(M)

Un Parlement et un gouvernement d’intérim avaient été formés à la suite du soulèvement populaire d’avril 2006 qui avait forcé le roi Gyanendra à rendre le pouvoir. Le Parti du Congrès (PC, principal parti de la bourgeoisie et des grands propriétaires terriens) y était largement dominant, avec 133 sièges sur 205 à la Chambre des Représentants et le poste de Premier Ministre. Le PCN(M) disposait seulement de 84 sièges à la Chambre et de quelques postes ministériels. La plupart des analystes politiques avaient par ailleurs prédit une déroute électorale du PCN(M) aux élections d’avril 2008. Dans ce contexte, la victoire électorale massive du PCN(M) a surpris tout le monde, y compris les maoïstes eux-mêmes (1). L’Assemblée Constituante comprend 601 sièges — 240 attribués au scrutin majoritaire, 335 attribués à la proportionnelle avec des quotas pour garantir la représentation des femmes, des basses castes et des minorités ethniques, et 26 pourvus par le nouveau gouvernement d’intérim. Le PCN(M) a d’ores et déjà remporté 120 sièges au scrutin majoritaire et a recueilli plus de 30% au scrutin proportionnel, ce qui lui garantit une très large majorité (mais non absolue) à l’Assemblée Constituante. Le Parti du Congrès et le Parti Communiste Unifé Marxiste-Léniniste (UML) ont quant à eux été très sérieusement affaiblis (respectivement 37 et 33 sièges au scrutin majoritaire, 22% et 21% à la proportionnelle). Il faut aussi noter que les partis monarchistes ont été complètement laminés (0 siège au scrutin majoritaire, moins de 4% à la proportionnelle).

Les résultats de ces élections, dont les « observateurs internationaux » ont dû reconnaître le caractère équitable, doivent avant tout être analysés comme reflétant la volonté des masses népalaises d’en finir avec le régime monarchiste, l’oppression, l’exploitation. Le PC et l’UML, incapables de répondre aux aspirations des masses alors qu’ils avaient été au gouvernement depuis des années, ont ainsi été largement désavoués. Le PCN(M), au contraire, a toujours mené une lutte intransigeante contre le régime monarchiste et avait pour programme de combattre le système discriminatoire des castes et l’exploitation des paysans sans-terre. C’est pourquoi il a non seulement gagné dans les régions rurales sous son contrôle, mais également dans la capitale, Katmandou, où il a remporté 7 sièges sur 15 au scrutin majoritaire.

Les dirigeants du PCN(M) promettent de développer le capitalisme

Les aspirations des masses népalaises seront cependant vite déçues. Aussitôt les résultats électoraux connus (et conformément à un accord pré-électoral), les dirigeants maoïstes ont proposé de former un gouvernement d’union nationale avec la participation du PC et de l’UML. Le programme qu’ils mettent en avant n’a rien à voir avec le socialisme ou un début de transition vers le socialisme : il s’agit purement et simplement (et ouvertement) d’un programme nationaliste bourgeois.

Ainsi, le principal idéologue du PCN(M), Baburam Bhattarai, a-t-il déclaré dans un entretien au Nepali Times : « Quand nous disons que nous voulons en finir avec le féodalisme, cela ne veut pas dire en finir avec la propriété privée. Notre développement économique veut dire, pour reprendre notre vocabulaire, une révolution démocratique bourgeoise, en d’autres termes : collectivisation, socialisation et nationalisation ne sont pas à l’ordre du jour » ; et il a ajouté : « Sans politique monétaire et fiscale [adéquate], les intérêts étrangers peuvent devenir prédominants, donc l’État doit protéger le secteur privé domestique et le marché libre. » (2) Dans la même veine, Bhattarai a répondu à une question sur les Investissements Directs Étrangers (IDE) de la manière suivante : « Notre économie doit être orientée vers l’auto-suffisance, la dignité et le capitalisme industriel. Nous ne sommes pas contre les IDE, ils peuvent compléter nos efforts. Mais les IDE doivent être soumis à l’intérêt national. Nous ne pensons pas que l’économie du Népal puisse se développer à moins de déraciner le féodalisme et l’impérialisme et de les remplacer par le capitalisme industriel national. » (3)

Dans un autre entretien, Bhattarai a déclaré vouloir rendre les rapports entre patrons et travailleurs plus harmonieux : « Le problème principal est qu’on n’a pas été capable d’élever la productivité. Si on augmente la production, alors le taux de profit des capitalistes et le taux de salaire des travailleurs vont également augmenter. » (4) Ce prétendu marxiste prétend ainsi qu’il n’y aurait pas de contradiction entre le taux de profit et le taux de salaire, que la croissance de l’un et de l’autre résulterait naturellement et harmonieusement de l’augmentation de la productivité, c’est-à-dire en somme que le capitalisme profiterait à tout le monde ! Or dans la conjoncture historique actuelle, le taux de profit augmente avant tout par la diminution du taux de salaire dans les pays impérialistes, et par une monstrueuse surexploitation, doublée d’une terrible oppression, dans les pays comme la Chine, qui ne saurait être un modèle acceptable pour le développement du Népal. Bhattarai ment donc sciemment aux ouvriers népalais pour leur faire accepter sa politique de collaboration de classe contre-révolutionnaire, qui aboutira nécessairement à une plus grande soumission des travailleurs népalais aux capitalistes en général et aux impérialistes en particulier.

Quant à la question de la réforme agraire, qui est d’une importance capitale dans ce pays essentiellement agricole et où existent de très grandes inégalités (5), on ne peut qu’être méfiant sur la manière dont le PCN(M) mettra en œuvre sa promesse électorale de « réforme agraire révolutionnaire ». En effet, dans la mesure même où il ne veut pas s’en prendre sérieusement à la propriété privée, sous peine de faire fuir les « investisseurs », il est douteux que PCN(M) exproprie par la force les grands propriétaires, mais d’un autre côté, il serait impossible de leur racheter leurs terres sans ruiner l’État népalais. Ken Ohashi, représentant népalais à la Banque Mondiale, s’est ainsi exprimé sur les contradictions du PCN(M) au lendemain d’une rencontre des dirigeants du PCN(M) avec des donateurs internationnaux en janvier 2007 : « [Les dirigeants du PCN(M)] ont insisté sur l’importance de développer une économie de marché, ce avec quoi nous sommes d’accord, mais dans le même temps, Baburam Bhattarai a mis l’accent sur la nécessité de la réforme agraire et d’un plafond de propriété de quatre hectares. Il a estimé que 25% des propriétés, ce qui est une part significative, seraient au-dessus de ce plafond, et donc seraient destinées à être redistribuées. Cela est peut-être vrai, mais si les maoïstes disent qu’ils respectent le système de marché, ils acceptent implicitement les droits de propriété privée. La question est comment le gouvernement va payer pour un rachat des terres à une échelle aussi large. Vont-ils prendre la terre par la force ? Je pense que cela sape réellement la confiance des investisseurs. Peut-être y a-t-il une bonne explication à cela, mais nous sommes repartis avec le sentiment de ne pas avoir tout à fait compris leur plan. » (6) Dans les faits, lors de son entrée dans le jeu « démocratique » et pour témoigner de sa bonne volonté, le PCN(M) a accepté de dissoudre les « gouvernements populaires » dans les régions sous contrôle maoïste, alors que ces « gouvernements populaires » étaient chargés d’appliquer les premières mesures révolutionnaires, notamment la distribution de la terre aux paysans pauvres. Enfin, dans certaines régions, comme dans le district du Dang, le PCN(M) est allé jusqu’à demander à ses cadres et aux paysans de rendre les terres confisquées aux anciens propriétaires, ce qui n’a pas manqué de provoquer le mécontentement des paysans concernés (7)…

Le maoïsme ne peut conduire le processus révolutionnaire qu’à une impasse

Mais si les dirigeants du PCN(M) ont pu être aussi francs en parole et en fait, c’est parce qu’ils appliquent la théorie maoïste (en fait stalinienne) de la « révolution par étapes » avec une stricte orthodoxie. C’est ainsi que le Comité de Solidarité franco-népalais (soutenu principalement par Voie Prolétarienne-Partisan, organisation maoïste présente en France (8)) justifie la stratégie de collaboration de classe du PCN(M) avec la bourgeoisie nationale : « Comme l’a démontré Mao Tse-Tung, le passage au socialisme pour un pays semi-colonial [...] et semi-féodal [...] doit passer par une phase de transition qui s’appelle l’étape de Nouvelle Démocratie. Cette étape se définit par l’alliance de classe entre la paysannerie, le prolétariat et la bourgeoisie nationale, sous le leadership du prolétariat. L’inclusion de la bourgeoisie nationale est essentielle au processus car c’est elle qui détient le capital (argent et moyens de production) nécessaire au développement de l’industrie, base du socialisme. » (9) C’est là un révisionnisme pur et simple du marxisme : dès 1848, Marx a défini que la seule stratégie possible pour le prolétariat est une stratégie d’indépendance de classe, fondée sur l’auto-organisation et la construction de d’organisations ouvrières indépendantes des partis bourgeois et petits-bourgeois. Dans les pays dominés sociologiquement par la paysannerie, Lénine et l’Internationale communiste ont expliqué que le prolétariat devait réaliser une alliance avec la paysannerie pauvre et la diriger, mais absolument pas avec la bourgeoisie : c’est tout le sens du combat du Pari bolchevik contre les réformistes mencheviks qui voulaient subordonner le prolétariat à la bourgeoisie démocratique.

Plus loin, le Comité de Solidarité franco-népalais approuve la volonté du PCN(M) de développer le capitalisme : « [...] Le Népal a besoin de passer par une phase capitaliste de 2 à 5 ans, comme la Chine de Mao a dû le faire après 1949. Une des particularités de cette phase est qu’elle prépare le développement du socialisme et non la continuité du capitalisme. Ainsi, il ne s’agit pas d’un développement de capitalisme "pur" mais d’un développement d’un capitalisme sous contrôle et le développement en parallèle du socialisme – notamment au travers des coopératives. » (10) Cette thèse révisionniste stalinienne consistant à faire croire qu’un parti éclairé peut « contrôler » le système capitaliste et l’orienter dans le « bon » sens va à l’encontre du matérialisme historique. En effet, le développement du capitalisme, donc le renforcement économique et social de la bourgeoisie, entraîne nécessairement son renforcement politique. Lorsque le capitalisme sera bien développé (ce qui est de toute façon impossible au-delà d’un certain niveau peu élevé dans le cadre d’un pays dominé et très pauvre comme le Népal), la bourgeoisie aura tout le loisir de remplacer le PCN(M) si ce dernier venait à ne plus lui convenir, d’autant plus que la politique actuellement envisagée par le parti maoïstes lui fera perdre une bonne partie de sa popularité parmi les masses. Dans le contexte de l’URSS de 1930, Trotsky a ainsi répondu aux mencheviks qui prônaient la restauration du capitalisme : « "À toi les usines et les fabriques" – dit le menchevisme à la bourgeoisie – "et à nous en échange la possibilité de devenir députés, maires, ministres (…) en Allemagne et en Angleterre". [...] En 1917, le menchevisme au pouvoir défendait la bourgeoisie contre la Révolution d’Octobre. Toutefois, nous avons vu que la bourgeoisie, ne se fiant pas au menchevisme, cherchait un Kornilov. » (Léon Trotsky, « Vers le capitalisme ou vers le socialisme ? », 25 avril 1930.)

Le fait que les dirigeants maoïstes se sont engagés dans le processus « démocratique » bourgeois (impliquant notamment qu’ils déposent les armes, qu’ils dissolvent les « gouvernements révolutionnaires » et qu’ils participent au gouvernement de l’État bourgeois), alors qu’ils bénéficiaient d’un rapport de force favorable et d’un prestige immense au sein de la population, avait constitué en soi une trahison (voir Le CRI des travailleurs n° 30). Mais aujourd’hui, ils s’apprêtent à diriger eux-mêmes l’État bourgeois au service du capitalisme et, nécessairement, quelles que soient les limites qu’ils prétendent leur imposer, au service des multinationales impérialistes. Or la poursuite du processus révolutionnaire au Népal implique au contraire de développer l’auto-organisation des travailleurs – ouvriers et paysans – jusqu’à la constitution d’organes de double pouvoir (soviets), de réarmer les ouvriers et paysans, de réaliser la réforme agraire (confiscation de la terre des grands propriétaires terriens sans indemnités ni rachat, redistribution aux paysans pauvres), de collectiviser les grands moyens de production, de mettre les grandes entreprises nationalisées sous le contrôle des travailleurs, de placer le développement des petites entreprises sous le contrôle de l’État, d’imposer le monopole du commerce extérieur et d’impulser une politique internationaliste (notamment le développement d’une stratégie révolutionnaire dans les pays voisins, à commencer par l’Inde et la Chine),... Il est donc nécessaire, ici comme ailleurs, de construire une force réellement communiste et révolutionnaire, c’est-à-dire trotskyste, qui convainque de cette orientation les masses ouvrières et paysannes.


1) Ceux-ci, en effet, ont fait repousser deux fois les élections afin d’exiger une part plus importante de proportionnelle, craignant d’être laminés au scrutin majoritaire. Au vu des résultats, cela s’est révélé être une erreur.

2) Nepali Times du 16 avril 2008, http://www.nepalitimes.com.np/election/news.php?id=32 (nous traduisons).

3) Abhiyan du 15-21 juin 2007, http://www.nepalitimes.com/issue/353/FromtheNepaliPress/13631 (nous traduisons).

4) Himalayan Times du 7 mai 2008, http://www.thehimalayantimes.com (nous traduisons).

5) Selon le Khaleej Times du 26 avril 2008, http://www.khaleejtimes.com (nous traduisons), 16% des paysans sont sans-terre, 47% des ménages possédant de la terre détiennent seulement 15% de la superficie cultivable, alors que 5% des ménages en détiennent 37%.

6) Nepali Times du 5-11 janvier 2007, http://www.nepalitimes.com/issue/330/FromtheNepaliPress/13060 (nous traduisons).

7) Nepal News du 13 mai 2007, http://www.nepalnews.com/archive/2007/may/may14/news07.php

8) Le Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste (PCMLM), autre organisation maoïste présente en France, dénonce fermement la stratégie «démocratique» du PCN(M), mais ne dit rien sur les intentions pourtant clairement affichées du PCN(M) de développer le capitalisme (cf. son site http://www.lescommunistes.net/~infos/pcmlm.html)

9) Article du 6 mai 2008 sur le site du Comité de Solidarité franco-népalais, http://nouveaunepal.over-blog.com

10) Idem.


Gustáv Husák (10 janvier 1913 a Dúbravka (banlieue de Bratislava) - 18 novembre 1991 a Bratislava) était un homme politique slovaque de premier plan au sein du Parti communiste tchécoslovaque et homme d'état Tchécoslovaque au moment de la « Normalisation » qui a suivi le Printemps de Prague et président de la Tchécoslovaquie de 1975 à 1989.

Sa vie :

Fils d'un ouvrier au chômage, il devient très tôt communiste. Il rejoint les rangs de l'Union des Jeunesses Socialistes alors qu'il est au lycée a Bratislava. En 1933, alors qu'il commence ses études, il devient membre du parti communiste tchécoslovaque (KSČ). Durant la guerre, il est à plusieurs reprises interné pour activités communistes illégales (le Parti a été interdit par le gouvernement de Jozef Tiso). En 1944, il est l'un des meneurs de la résistance contre les nazis et le gouvernement fasciste de Tiso.

Après-guerre, il est membre du gouvernement slovaque et fonctionnaire du Parti communiste tchécoslovaque. En tant que quasi premier ministre de Slovaquie, il prend une part active dans la liquidation du Parti Démocratique Slovaque qui avait gagné les élections en 1946 avec 62% des voix, empéchant la prise de pouvoir des communistes en Tchécoslovaquie.

En 1950, il est victime des purges au sein du parti et il est condamné à la prison à vie. Communiste convaincu, il fait appel de sa condamnation et demande une révision de son procès. Le président de la Tchécoslovaquie, Antonín Novotný, rejette toute clémence, d'une part parce que "on ne sait pas de quoi, il sera capable quand il sera au pouvoir", d'autre part en raison d'une "slovaquophobie" avérée. Husák est finalement libéré en 1963 et réintégré au sein du Parti dans le cadre du processus de déstalinisation. En 1968, il est membre du gouvernement d'Alexander Dubček.

Alors que l'Union soviétique est de plus en plus inquiéte des réformes libérales du Printemps de Prague, Husák appelle à la modération. Membre de la délégation tchécoslovaque qui se rend à Moscou, il devient le leader de ceux qui souhaitent mettrent un terme aux réformes de Dubček. On peut comprendre cette attitude, ayant passé treize années de sa vie en prison, Husák est pragmatique et intelligent - le vent tourne.

Bénéficiant du soutien de Moscou, il progresse rapidement au sein de l'appareil du Parti Communiste Tchécoslovaque avant de devenir président de la Tchécoslovaquie en 1975. Les deux décennies du leadership de Husák sont connues sous le nom de « normalisation », les relations avec Moscou sont plus étroites que jamais et Prague devient l'élève modèle et le vassal loyal. Sans être sanglante, la domination du PC est sans partage grâce, entre autres, a l'omniprésence de la StB, la police politique qui contrôle étroitement les activités des dissidents (Charte 77).

En 1987, il laisse la direction du Parti aux leaders issus d'une génération plus jeune. Le 10 décembre 1989, il démissionne de son poste de président suite à la Révolution de velours. En février 1990, il est exclu du parti et meurt, dans une indifférence quasi-générale, le 18 novembre 1991.

Anecdote :
Gustav Husak fut un adversaire impitoyable de l'Eglise Catholique quand il était au pouvoir : une messe dite dans la clandestinité valait au prêtre réfractaire 5 ans de prison. Pourtant, la veille de sa mort, il demanda de rencontrer un prêtre catholique et se confessa !

Fonctions occupées:

Parti communiste tchécoslovaque (KSČ illégal en 1938, auto-dissout en 1939-1945)

    * 1933-1938/1939 et de décembre 1989 à février 1990 : simple membre
    * printemps 1945 : membre du Comité Central Provisoire (actif dans la partie de la Tchécoslovaquie libérée par l'Armée Rouge)
    * 1949-1951 et du 31 août 1968 a 1989: membre du Comité Central et (a l'exception de 1949-1951), membre du Présidium
    * Avril 1969 - 1987 : Premier Secrétaire du Présidium et a partir de 1971 Secrétaire Général
    * 17 décembre 1987 : démission du poste de Secrétaire Général (remplacé par Miloš Jakeš)

Parti communiste slovaque (KSS illégal en 1939-1944/1945)

    * 1939-1945 : membre proéminent
    * 1943-1944 : membre du Comité Central illégal
    * 1944-1950 et 1968-1971 : membre du Comité Central et (excepté en 1944-1948) Secrétaire du Comité Central et (excepté en 1970-1971) membre du Présidium
    * 1944-1945 : vice-président
    * 28 août 1968-1969: à la tête du Parti („Premier Secrétaire“)

Conseil national slovaque (pendant la 2e guerre mondiale organe de la résistance, à partir de 1968 Parlement Slovaque)

    * 1943-1944 : l'un des principaux organisateurs
    * 1944-1950 et de décembre 1968 à 1971 : député
    * 1944-1950 : membre du Présidium
    * 1944-1945 : vice-président

Conseil des commissaires (Zbor povereníkov) (un quasi-gouvernement responsable de la partie slovaque)

    * 1944-1945 : Commissaire à l'Intérieur
    * 1945-1946 : Commissaire aux transports et à la technologie
    * 1946-1950 : Président du Conseil des Commissaires, fonction dans laquelle il joue un rôle actif dans l'élimination de l'influent Parti Démocrate Slovaque par les communistes
    * 1948-1950 : Commissaire à l'agriculture et aux réformes agraires
    * 1949-1950 : Commissaire pour l'alimentation

Parlement tchécoslovaque (appelé Assemblée Nationale et à partir de 1968 Assemblée Fédérale)

    * 1945-1951 et 1968-1975 : député
    * 1969-1975 : membre du Présidium

Gouvernement tchécoslovaque

    * 1968 (avril-décembre) : vice-premier ministre dans le gouvernement d'Alexander Dubček, époque du Printemps de Prague
    * 1975-1989 : Président de la République
    * 10 décembre 1989 : démission du poste de président dans le cadre de la Révolution de Velours

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