Le Parti communiste japonais (nihonkyōsantō 日本共産党) est un parti politique japonais. Fondé le 15 janvier 1922, il fut interdit jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Durant la guerre, ce mouvement fut le seul parti politique à s'opposer fermement à la guerre.

Le Parti communiste japonais a été fondé le 15 juillet 1922, devenant immédiatement une organisation politique clandestine. Il était en effet mis hors-la-loi d'entrée par la Loi de préservation de la paix et fut, à ce titre, victime des persécutions de l'armée et de la police du Japon. Il fut le seul parti politique à s'opposer à l'entrée du Japon dans la Seconde Guerre mondiale.

Légalisé durant l'occupation américaine du Japon, en 1945, il est depuis lors un parti politique légal participant régulièrement aux élections. Le parti ne prit pas position lors de la séparation de la Chine et de l'Union soviétique dans les années 1960. Il obtint ses plus hauts scores électoraux dans les années 1970.

* Positions et programme actuels

Le parti communiste japonais demande l'abolition du capitalisme et l'établissement d'une société basée sur le socialisme, la démocratie et la paix, en opposition au militarisme. Il veut arriver à ses buts en travaillant à l'intérieur du cadre fixé par le capitalisme

Bien qu'ayant été d'inspiration léniniste, le parti ne soutient plus la révolution socialiste : il adhère en effet à l'idée d'une révolution démocratique. Le parti communiste est donc anti-capitaliste et pacifiste. Il n'envisage plus l'action armée - depuis les années 1980 il n'existe plus de contact avec des organisations du type de l'armée rouge japonaise - et milite pour une restauration complète de la souveraineté nationale du Japon. Il est le seul à inscrire dans son programme l'abrogation du traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon, et s'oppose farouchement à l'acquisition d'armes nucléaires par le Japon et à la révision de l'article 9 de la Constitution.

Le Parti communiste japonais est l'un des plus grand parti communiste d'opposition au monde. Il compte environ 400 000 membres répartis dans 25 000 sections. Contrairement aux autres partis communistes d'Europe ou d'ailleurs, il n'a pas connu de crise interne à la suite de la chute de l'Union soviétique, et n'a pas non plus songé à changer son nom ou ses objectifs.

Ses scores électoraux sont toutefois sur le déclin. Après avoir reçu 11,3% des votes en 2000, il n'a obtenu plus que 8,2% en 2003 et 7,3% en 2005, soit le vote d'environ 5 millions de personnes. Lors des élections de juillet 2007, il a obtenu 7,5%.

Durant la période récente, le parti a en partie bénéficié de l'effondrement du vieux parti socialiste japonais, qui après avoir longtemps été le principal parti d'opposition au Japon, réalise désormais des scores inférieurs à celui du parti communiste (5,5% des voix en 2005). Cet effondrement à néanmoins principalement bénéficié au parti démocrate du Japon, nouveau principal parti d'opposition. De nombreux électeurs de gauche considèrent néanmoins que les positions du parti démocrate diffèrent trop peu de celles du parti libéral démocrate, son acceptation de l'inféodation aux États-Unis en matière de politique étrangère (avec l'envoi de troupes des forces d'autodéfense en Irak dans un but humanitaire) étant l'une des positions les plus contestées. De fait, ces anciens électeurs socialistes ont reportés leurs voix sur le Parti communiste, qui a de son coté modéré ses positions (acceptation du maintien de l'Empereur dans des fonctions honorifiques).

Outre la faiblesse du parti socialiste et l'absence de concurrence sérieuse à sa gauche, le parti communiste a bénéficié de la réforme électorale de 1994 introduisant une part de proportionnel aux élections législatives jusque là seulement régies par un scrutin majoritaire. Autrefois sans représentation parlementaire, le parti obtient désormais quelques sièges (9 dans l'actuelle mandature).

* Résultats aux élections générales

    * 10 avril 1946 : 3,8% des voix
    * 20 avril 1947 : 3,7% des voix
    * 23 janvier 1949 : 9,7% des voix
Georgi Mikhailov Dimitrov (Георги Димитров), né le 18 juin 1882 et mort le 2 juillet 1949, est un dirigeant communiste bulgare.

Révolutionnaire dans l'âme dès l'adolescence, Dimitrov est un meneur dès l'insurrection communiste de 1923 contre Alexandre Tsankov. Après l'échec de l'insurrection, Dimitrov quitte la Bulgarie pour l'Union soviétique d'où il continue la lutte pour la cause communiste. En 1933, il est arrêté à Berlin pour complicité dans l'incendie du Reichstag. Il se défend froidement des accusations et réplique en accusant ses accusateurs : ce procès lui vaudra une renommée mondiale.

Après avoir été acquitté, il regagne l'Union Soviétique, qui lui confère la citoyenneté soviétique. Dimitrov est secrétaire général du Komintern de 1934 à sa dissolution en 1943. En 1944, Dimitrov retourne en Bulgarie dont il dirige le Parti communiste. Il succède à Kimon Georgiev comme Premier ministre en 1946 tout en conservant sa citoyenneté soviétique. Dimitrov asseoit un régime communiste dictatorial débouchant sur la création de la République populaire de Bulgarie qui met fin au régime monarchique existant. Dimitrov meurt à Moscou en 1949 alors qu'il y suivait un traitement médical. Certains historiens évoquent un empoisonnement ordonné par Staline.
Deng Xiaoping la prononciation en mandarin (en chinois traditionnel 鄧小平, en chinois simplifié 邓小平, pinyin Dèng Xiǎopíng, en transcription Wade-Giles Teng Hsiao-p'ing) (22 août 1904 - 19 février 1997) a été le secrétaire général du parti communiste chinois (PCC) et ainsi dirigeant de facto de la Chine de 1976 à 1997. Il était parfois surnommé le "petit timonier".

 Sa vie personnelle [modifier]

Deng Xiaoping est né sous le nom de Deng Xixian, le 22 août 1904, dans la ville de Guang'an, dans la province du Sichuan. Il est issu d'une famille de gros propriétaires fonciers, de la communauté Hakka.

Deng s'est marié 3 fois. Il rencontre sa première femme alors qu'il étudie à Moscou. Elle meurt quelques jours après la naissance de leur fille, alors qu'elle n'a que 24 ans. La fille de Deng meurt elle aussi peu après. La seconde femme de Deng, Jin Weiying, le quitte en 1933, à cause de la carrière qu'il mène. Sa troisième femme, Zhuo Lin, était la fille d'un industriel de la province de Yunnan. Il l'épouse en 1939 devant la grotte d'où Mao dirigeait le Parti, à Yan'an, un an après qu'elle eut rejoint le Parti Communiste Chinois (PCC). Elle lui donne 5 enfants : trois filles (Deng Lin, Deng Nan et Deng Rong), et deux fils (Deng Pufang, Deng Zhifang).

Une jeunesse engagée [modifier]

Militant très tôt contre l'impérialisme et la présence étrangère en Chine, il participe aux événements du 4 mai 1919. En 1920, il est diplômé de l'école préparatoire de Chongqing.

Mais c'est à l'étranger que Deng va forger ses convictions. Avec 80 camarades, il part en France dans le cadre du mouvement Travail-Etudes qui existe entre la Chine et la France. Il embarque le 27 août 1920 à Shanghai, âgé seulement de 16 ans, mais la fondation qui finançait le voyage fit faillite, Deng ne peut dès lors revenir chez lui et dut s'installer en France temporairement. Deng étudie notamment dans les école de Bayeux et de Châtillon. Pour assurer sa subsistance, il travaille aux laminoirs du Creusot (usines Schneider) puis à la fabrique de galoches Hutchinson, à Châlette-sur-Loing, sous le nom de « Teng Hi Hien ». Il travaille ensuite comme assembleur à l’usine Renault de Billancourt.

Dans ce contexte ouvrier, il découvre le marxisme, alors presque inconnu en Chine car les ouvrages de Marx n'y sont pas encore traduits. Il devient bientôt militant communiste et un virulent opposant au capitalisme (article de Le Monde). Il fait la rencontre de Zhou Enlai à Paris, de 6 ans son aîné, avec qui il partage un appartement à la Porte d'Italie avec Jean Ho, un autre étudiant chinois de la même génération. Zhou est notamment le fondateur du Parti communiste chinois en Europe, crée en mars 1921 (soit avant la création du PCC à Shanghaï en juillet 1921). Deng en rejoint les rangs en 1922, puis fin 1924, intègre le PCC.

Deng quitte le sol français le 7 janvier 1926 et part étudier à Moscou. Il retourne en Chine au début de l’année 1927.

* L'ascension vers le pouvoir

En 1927, le PCC s'engage dans une résistance armée contre le gouvernement du Guomindang. C'est à cette époque qu'il change de nom. En 1929, Deng participe à une révolte contre le Guomindang dans la province du Guangxi. Mais elle échoue, l’obligeant à fuir dans le Soviet dirigé par Mao dans la province du Jiangxi.

Les forces du Guomindang y effectuent des campagnes d'anéantissement contre l'Armée rouge. Lors de la cinquième, l'Armée rouge est contrainte de quitter le Jiangxi. Cette retraite légendaire prendra le nom de Longue Marche (1934-1935), à laquelle Deng participe en tant que Secrétaire Général du Comité Central du Parti Communiste.

Il organise aussi de nombreuses campagnes militaires pendant la guerre contre le Japon (1937-1945), et plus tard pendant la guerre civile contre les nationalistes du Guomindang (1945-1949), en tant que commissaire politique de Liu Bocheng.

Notamment, en novembre 1949, il commande l'assaut final contre les forces nationalistes, dirigées par Tchang Kaï-chek lui-même, dans sa province natale du Sichuan. L'Armée populaire de libération reprend la ville de Chongqing le 1er décembre. C'est un symbole car depuis l'invasion de l'Est de la Chine par le Japon, le Guomindang y avait installé son gouvernement. Deng est immédiatement nommé maire de la ville et commissaire politique. Tchang Kaï-chek fuit vers la capitale provinciale Chengdu, la dernière ville importante encore sous le contrôle du Guomindang. Elle tombe le 10 décembre et Tchang s'enfuit le même jour à Taiwan avec les résidus de son armée.

* L'ascension politique

À la fondation de la République populaire de Chine, en 1949, Deng s'occupe des problèmes concernant les provinces de la Région Sud-ouest. Il joue notamment un rôle capital lors des discussions avec les dirigeants du Tibet. Indépendant depuis 1913, le Tibet est en effet réannexé par la Chine en 1950 et en devient une province autonome.

La valeur militaire de Deng et sa loyauté envers Mao Zedong lui permettent de se hisser au sein du Parti Communiste Chinois. Promu après l'affaire Gao Gang-Rao Sushi en 1954, il accède au poste de secrétaire général du Parti communiste chinois en 1956 (Roux, 2003, p. 186). Fidèle à Mao, il dirige avec brutalité, en 1957, la purge du PCC pendant la campagne anti-droitière. Cette campagne est une volte-face après celle des Cent Fleurs, en 1956, pendant laquelle les intellectuels ont été incités à formuler leur mécontentement envers l'administration du PCC.

A l'origine, le but de la Campagne des Cent Fleurs, du moins officiellement, était d'améliorer le système communiste chinois en tentant de répondre aux attentes et aux frustrations des intellectuels, dont Mao se méfie. Au contraire, et peut-être en raison de la virulence des critiques, Mao se servira de la Campagne des Cent Fleurs pour dénoncer la dérive droitière des opposants au Régime. Sous l'autorité de Deng, plus d'un million de Chinois sont arrêtés et contraints de formuler leur auto-critique. La plupart du temps, ils sont envoyés en campagne dans des camps de travail, les "laogai" pour leur "rééducation" (Roux, 2003, p.95).

Cependant, Deng prend du recul par rapport au Maoïsme après l'échec du Grand Bond en avant au début des années 60. Devant l'ampleur de la catastrophe économique et humanitaire qui résulte de la politique de Mao, il prend position avec d'autres cadres influents du PCC pour forcer Mao à démissionner du poste de Président du Parti. Avec Liu Shaoqi, qui remplace Mao à ce poste, Deng représente la ligne "progressiste" du PCC, favorable à des réformes économiques. Ils s'efforcent de rétablir l'économie chinoise avec fermeté envers les cadres du Parti, et en mettant un coup d'arrêt à la collectivisation des terres.

* La chute

Mao redoute que les succès économiques de Deng et Liu n'affaiblissent son influence au sein du PCC. C'est l'une des raisons pour lesquelles il lance la Révolution culturelle en 1966. Mao s'appuie sur les petits cadres qui lui sont très favorables et sur les cadres irrités par la sévérité de la gestion politique de Liu et Deng. En effet, en luttant contre la corruption du Parti, ils avaient dirigé des enquêtes contre des cadres révolutionnaires, notamment maoïstes. Dès octobre de la même année, ils sont la cible de critiques virulentes. En décembre, plus de trois mille étudiants manifestent contre eux à Pékin. On les accuse de croire en une étatisation de l'économie à la soviétique, contraire aux idéaux du Grand Bond en avant, et de vouloir rétablir le "capitalisme", en favorisant la création de petites parcelles agricoles privées. Dans la rhétorique de la Révolution culturelle, cela revient à les brocarder des titres de « révisionnistes soviétiques », de « bourgeois réactionnaires » et de « capitalistes ». Deng doit abandonner tous ses pouvoirs. Il est purgé du Parti.

Ainsi, Deng doit subir des humiliations publiques. Son fils est à cette époque défenestré par les gardes rouges et restera paralysé. Pour sa "rééducation", Deng est envoyé dans la province rurale du Jiangxi, pour y travailler comme ouvrier. Il consacre ses temps libre à l'écriture. Si Deng est purgé du PCC, les épreuves qu'il subit ne sont pas du même ordre que le sort qu'on réserve à Liu Shaoqi ou Peng Dehuai. Arrêtés, ils meurent en prison. Lorsque Deng reprendra le pouvoir, ils seront réhabilités.

Il se rapproche à nouveau du pouvoir au début des années 1970. En effet, après l'élimination de Lin Biao en 1971, les progressistes, emmenés par le populaire Zhou Enlai, reprennent la situation en main. Deng réapparaît en public à Pékin en 1973. Le Xe Congrès du Parti, en août, le rétablit au Comité central (Roux, 2003, p. 111). Zhou qui a un cancer, délègue progressivement ses pouvoirs à Deng. En janvier 75, Deng devient secrétaire permanent du Bureau politique, vice-président du Parti et vice-Premier Ministre, et chef d'état major de l'Armée populaire de libération. Mais en 1976, Zhou Enlai meurt. La Bande des Quatre lance alors de sévères critiques contre le défunt. Mais à l'occasion de la fête des Morts, des manifestations violentes éclatent place Tian'anmen en soutien à Zhou. On fait porter la responsabilité de ces manifestations à Deng Xiaoping, qui se réfugie alors dans le Guangdong.

* Le retour et la modernisation

Il revient au pouvoir après la mort de Mao en 1976 et l'arrestation de la Bande des Quatre par Hua Guofeng, le nouveau Premier Ministre. Hua critique aussi Deng, mais devant les pressions des militaires de l'Armée populaire de libération, et à l'issue de tractations confuses, Deng Xiaoping est réhabilité au Comité central le 21 janvier 1977. Il reprend les fonctions de vice-président du Comité central, de membre de la commission du Bureau Politique, de premier vice-président de la commission des affaires militaires du Parti et de chef de l`état-major de l'Armée populaire de libération. (Roux, 2003, p. 115) Hua s'efface progressivement au profit de Deng. En décembre 1978, Deng Xiaoping l'emporte sur Hua lors du plénum du Comité central (Roux, 2003, p.117)

C'est lui qui initie l'ouverture économique du pays à la fin des années 1970 (réapparition des parcelles privées, marchés plus libres), en encourageant les responsables du parti qui avaient initié ces politiques dans le sud du pays (Guangdong, Sichuan). Il est très pragmatique, comme en témoigne sa devise : « Peu importe que le chat soit noir ou gris; S'il attrape les souris, c'est un bon chat » et son mot d'ordre aux Chinois : « Enrichissez-vous ». Il nomme d'ailleurs le secrétaire général du parti au Sichuan, Zhao Ziyang, au bureau politique (1979), puis au poste de Premier ministre (1980). En 1978, il préconise aussi de suivre les recommandations de Zhou Enlai et de mettre en place les « Quatre Modernisations » (industrie et commerce, éducation, organisation militaire et agriculture). Autre signe d'ouverture, Deng rencontre le président américain Jimmy Carter lors d'une visite officielle aux États-Unis en janvier 1979. Il préside également à la création des Zones économiques spéciales, avec la politique de Un pays, deux systèmes, destinées à attirer les investissements étrangers. En 1980, il décide de la tenue du procès de la Bande des Quatre.

Mais il décide aussi de réprimer les manifestations de la place Tian'anmen en 1989 : il ordonne aux forces de sécurité de tirer sur la foule. Appuyée par les chars, l'Armée populaire de libération investit la place Tian'anmen où étaient rassemblés les étudiants à Pékin et la fait violemment évacuer. Le nombre de victimes est évalué à 1 400 au cours du seul week-end, auxquels s'ajoutent plus de 10 000 blessés. Des dizaines de milliers de personnes sont également arrêtées dans les semaines suivantes. En 1992, il fait une tournée des zones économiques spéciales, afin de répandre ses idées sur la libéralisation de l'économie, qui doit selon lui contribuer au maintien d'un socialisme à la chinoise viable.

* Mort de Deng Xiaoping

Deng Xiaoping s'éteint le 19 février 1997, à l'âge de 92 ans, des suites d'une infection aux poumons et de la maladie de Parkinson.

On lui rendit un grand hommage. Le Gouvernement Central le décrivit comme un "Grand Marxiste, un Grand Révolutionnaire du Prolétariat, un homme d'état, militaire, diplomate; un des plus grands dirigeants du Parti Communiste Chinois, de l'Armée de Libération Populaire et de la République Populaire de Chine ; le Grand Architecte de l'ouverture et la construction moderne de la Chine, le fondateur de la théorie de Deng Xiaoping". Les drapeaux restèrent en berne pendant plus d'une semaine. Deng fut incinéré et ses cendres dispersées en mer, selon ses volontés.

De nombreux dirigeants étrangers lui rendirent hommage. Ainsi, le président français Jacques Chirac écrivit au président chinois Jiang Zemin : « Deng Xiaoping restera dans l’histoire comme le principal artisan des transformations que la Chine connaît depuis près de vingt ans, et dont j’ai pu mesurer l’ampleur lors de mes voyages en 1978 et en 1991 ». Kofi Annan appelle la communauté internationale à se souvenir de Deng comme le "principal architecte de la modernisation de la Chine et de son formidable développement économique". John Major, alors Premier Ministre de la Grande-Bretagne, souligne le rôle majeur qu'a tenu Deng Xiaoping lors du retour de Hong Kong à la Chine. Le président de Taïwan présenta ses condoléances. Le Dalaï Lama exprima lui aussi ses regrets, il déclara qu'il "prie pour qu'il ait une bonne réincarnation, et souhaite offrir ses condoléances aux membres de sa famille. Ayant rencontré Deng Xiaoping à plusieurs reprises, je le connaissait comme quelqu'un ayant une forte personnalité, qui finissait ce qu'il avait commencé. Je regrette donc que Deng Xiaoping n'ait pas réussi à régler le problème tibétain de son vivant. En tant que dirigeant du système totalitaire du parti communiste, il a inévitablement commis des erreurs, parce que pris au piège du système qu'il incarnait." Il faut en effet rappeler qu'en 1979, Deng Xiaoping a proposé qu'à l'exception de l'indépendance, les autres problèmes concernant le Tibet, puissent être tous résolus par la négociation.

Deng Xiaoping, le "petit géant", petit par sa taille et géant par son œuvre des modernisations, passe peut-être à l'histoire pour son slogan un pays, deux systèmes, dans un compromis typiquement chinois, qui fait de la Chine d'aujourd'hui un géant économique.

* Citations à la con

=> « Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, s'il attrape la souris, c'est un bon chat. » (en chinois「不管白猫、黑猫,逮住老鼠就是好猫。, 1962, dans un discours lors d'une réunion du secrétariat)

=> « Qu'un chat se lèche la patte est signe qu'il a vaincu la sueur du combat » (en chinois「不管白猫、黑猫,逮住老鼠就是好猫。, 1962, dans un discours lors d'une réunion du secrétariat)
Rudolf Slánský (31 juillet 1901 à Nezvěstice près de Blovice – 3 décembre 1952 à Prague) est un militant communiste, homme politique et secrétaire général du parti communiste tchécoslovaque après la Seconde Guerre mondiale.

Il est exécuté suite aux procès de Prague.

Slánský reçoit son éducation à l’Académie de commerce de Plzeň. Après la Première Guerre mondiale, il rejoint Prague et un club d'inspiration marxiste. Au moment de sa création (sécession d'avec le parti socialiste) en 1921, il s'inscrit au parti communiste tchécoslovaque.

Au cinquième congrès du parti, en 1929, Slánský est élu au bureau politique et du presidium du parti alors que Klement Gottwald en devient le secrétaire général.

De 1929 à 1935, Slánský vit dans la clandestinité en raison du caractère illégal du parti communiste qui n'est autorisé en tant que parti et à participer aux élections qu'en 1935. Slánský et Gottwald sont alors tous deux élus à l'Assemblée nationale.

Ils ne restent pas député longtemps : en 1939, suite à l'invasion de la Tchécoslovaquie par le Reich, Slánský qui est juif et communiste fuit le pays en direction de l'URSS. De là, il travaille à radio Moscou dans les émissions destinées à la Tchécoslovaquie. À Moscou, il lie des liens avec les apparatchiks communistes, se familiarise aussi avec les méthodes parfois brutales pour imposer la discipline au sein du parti. Il participe contre la Wehrmacht à la bataille de Moscou entre 1941 et 1942.

En 1943, sa petite fille Naďa (Nadia) est kidnappée alors qu'elle joue dans un parc avec son frère ainé, Rudolf junior. Ni Naďa, ni ses ravisseurs ne seront jamais retrouvés.
Alors qu'il est en Russie, Slánský organise la Résistance tchécoslovaque et participe à la libération de la Slovaquie en 1944.

En 1945, Slánský coopère avec le gouvernement en exil d'Edvard Beneš à Londres. L'ex-président tchécoslovaque y prépare un gouvernement de coalition. Slánský devient secrétaire général du parti communiste tchécoslovaque au huitième congrès du parti en mars 1945 ainsi que vice-premier ministre du gouvernement de coalition alors que Klement Gottwald devient président du parti un poste honorifique (1945-1953) et Premier ministre (1945-1948) du gouvernement de coalition de la Tchécoslovaquie.

En février 1948, le coup de Prague donne les pleins pouvoirs aux communistes. Selon certains historiens, Staline désire une obéissance totale et menace de purge les « communistes nationaux » ; Gottwald, craignant pour son propre futur, aurait alors décidé de sacrifier Slansky. Selon d'autres spécialistes, c'est la rivalité croissante entre Gottwald et Slansky, surtout après le coup de février 48, qui explique la défaveur de Slánský qui place ses hommes à des postes clés de l'appareil d'État (geste somme toute normal quand on sait à quel point l'État, dans les pays communistes, est inféodé au parti) mais qui viole le pouvoir de Gottwald.

Ce sont, tout d'abord, deux proches de Slánský, Otto Šling et Bedřich Reicin, qui sont accusés de crimes contre le parti. Slánský laisse faire. Puis les projecteurs se braquent sur lui et lui fait porter le blâme des problèmes économiques et industriels, le coupant ainsi du soutien populaire. Il n'en recoit pas moins l'Ordre du socialisme, la plus haute distinction, le 30 juillet 1951 et le livre de ses discours est en passe d'être publié sous le titre de Vers la Victoire du socialisme.

En novembre 1951, Slánský et treize autres personnes sont arrêtés et accusés de titisme, La langue de bois du parti le charge d'une conspiration avec les puissances occidentales pour renverser le socialisme et affirme que sa punition exemplaire rachèterait les meurtres par les Nazis des communistes Jan Šverma et Julius Fučík durant la Seconde Guerre mondiale.

Slánský est blessé de cette accusation de titisme de la part de ses anciens partenaires, Gottwald et Antonín Zápotocký, tous deux populistes, de le lier à la bourgeoisie. Slánský ët ses coaccusés se sont fait des ennemis dans les rangs des membres du parti communiste, du gouvernement et surtout du Bureau politique du parti communiste. En prison, Slánský est torturé, tente de se suicider, est forcé de s'accuser publiquement lors du procès de crimes contre l'État et contre le parti requérant pour lui-même la peine de mort.

L'opposition entre Slánský et Gottwald est à peine satisfaisante pour expliquer qu'un homme aussi haut placé au sein de l'appareil du parti communiste soit soupçonné, emprisonné et exécuté. Aussi quelques hypothèses fleurissent sur ce sujet.

Premièrement, la « piste hongroise » affirme que la chute de Slánský est provoquée par le procès de László Rajk, chef de la diplomatie hongroise et grand rival du chef du gouvernement, Mátyás Rákosi qui, stalinien pur et dur, aurait invité Klement Gottwald à chercher un « Rajk tchécoslovaque ». Cette hypothèse a un point faible : on ne comprend pas pourquoi Rakosi insisterait à un tel point à élargir l'enquête en Tchécoslovaquie. En revanche, l’exemple Rajk a pu conforter Gottwald sur la « faisabilité » d'une victoire judiciaire.

Deuxièmement, la « piste soviétique » : au début des années cinquante, rien, dans le Bloc de l'Est, ne pouvait se faire sans le consentement des autorités soviétiques. La théorie soviétique explique le caractère antisémite du procès et pourquoi la majorité des condamnés était d'origine juive : au même moment où l'Union soviétique changeait sa politique à l'égard d’Israël. La Tchécoslovaquie a été particulièrement touchée par ce changement de position et chercherait à se « refaire une virginité » aux yeux des Soviétiques, car elle avait livré des armes à Israël.

Selon la troisième piste dite « américaine », la CIA qui voulait écarter les communistes nationaux pour les remplacer par les communistes pro-soviétiques qui inciteraient le peuple à la révolte, aurait sciemment compromis Slánský et ses acolytes.

Selon la quatrième théorie, la chute de Rudolf Slánský serait l'œuvre d'un groupe de Tchécoslovaques en exil qui, dans une lettre, invitant Slánský à émigrer auraient cherché à compromettre celui qui avait provoqué leur expatriation. La lettre, saisie par la police et utilisée lors du procès, ne serait pas une contrefaçon, œuvre de la police secrète contrairement à ce qu'affirme l’enquête, ouverte dans les années soixante (par la police communiste !) mais un « vrai faux ».
Les procès de Prague qui s'ensuivirent du 20 novembre 1952 au 27 novembre 1952 sont célèbres pour leur « mise en scène » (les accusés apprennent leur « texte » avant la séance au tribunal. La « petite Histoire » raconte qu'un juge ayant sauté une question, l'accusé suivit néanmoins docilement le scénario de ses réponses). Un indéniable contexte antisémite les entoure (onze des quatorze accusés sont juifs).

Les accusations de haute trahison, d'espionnage et de sabotage sont rendues le 27 novembre. Les pourvois en grâce sont, on l'imagine, promptement rejetés.

Le président de la République tchécoslovaque, Antonín Zápotocký déteste personnellement Rudolf Slánský depuis qu'en 1929 avec le processus de bolchévisation du Parti, Slánský avait tenté d'évincer Zápotocký lors du Ve congrès du PCT. On peut voir une vengeance personnelle dans le refus de la grâce présidentielle plaidée par Slánský, on peut aussi deviner que, dans une atmosphère délétère où Zápotocký se voit lui-même menacer de déviance bourgeoise (peu avant, il a publiquement soutenu les petits propriétaires terriens contre la collectivisation forcée des terres), il ne peut apporter son soutien à son ancien « camarade ».Slánský est pendu le 3 décembre 1952 avec dix autres de ses compagnons d'infortune (trois, dont Artur London sont condamnés à la prison à perpétuité). Ses cendres sont dispersées sur une route couverte de givre des environs de Prague.

Un an plus tard, c'est au tour de Gustav Husák, futur président, de se voir condamné à la prison à perpétuité pour « déviance nationaliste bourgeoise ».

Comme le dit le professeur Václav Černý dans ses Mémoires : « Avant le procès de Slánský ce n'étaient que les têtes des adversaires qui tombaient. Avec Slánský, la Révolution a commencé à manger ses propres enfants ».

Article publié dans le CRI des Travailleurs n°29

Ernesto "Che" Guevara : Un exemple pour les communistes révolutionnaires ?

Frédéric Traille
20 novembre 2007

Sous la pression de la bourgeoisie, la LCR a abandonné l’objectif de la dictaure du prolétariat ou encore le centralisme démocratique comme mode de fonctionnement interne. Récemment, son médiatique porte-parole Olivier Besancenot a fait savoir ne pas se reconnaître dans l’héritage de Trotsky, lui préférant comme référence la figure plus porteuse de “Che” Guevara, bien connue des fabricants de T-shirts ou de posters, au point de lui consacrer un ouvrage sorti cet été (1). Pour les communistes révolutionnaires, il est bien entendu hors de question de se référer à des figures du passé comme à des icônes, mais il s’agit d’analyser leur action politique et d’en tirer des leçons pour le présent. Voyons ce qu’il en est d’Ernesto Guevara.

Le parcours d’Ernesto Guevara

Guevara est né en 1928 dans une famille bourgeoise d’Argentine, de gauche et anti-autoritariste. En parallèle à sa formation de médecin, il parcourt lors de deux voyages le continent sud-américain, où il prend conscience de l’étendue de la misère à laquelle sont confrontées les masses. Il est en Bolivie en 1953, quelques mois après le début de la révolution et la victoire des mineurs contre l’armée, mais semble n’en avoir tiré aucune leçon sur le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans la révolution. Il se rend ensuite au Guatemala : il y est confonté à l’intervention directe de l’impérialisme américain, qui renverse au travers de la CIA le président élu, Jacobo Arbenz, coupable d’avoir entamé une politique contraire aux intérêts impérialistes, en particulier une redistribution des terres. C’est du refus de celui-ci de sortir de la voie légale, cause de sa perte, que Guevara aurait conclu à la nécessité du combat révolutionnaire. C’est aussi là qu’il fréquente des miltants communistes et commence à se réclamer du marxisme. En 1954, il rencontre Fidel Castro et ses troupes au Mexique et y est rapidement intégré, tout d’abord en tant que médecin.

En novembre 1956, il fait partie de l’expédition de 82 hommes qui débarque à Cuba sous la direction de Castro. Piégée par l’armée cubaine du dictateur Batista, seule une poignée de combattants survit, se réfugie dans les montagnes et lance une guérilla. Malgré la supériorité en moyen de l’armée de Batista, soutenue par les États-Unis, la guérilla parvient à quelques succès militaires ; Guevara devient à cette époque commandant et dirige une colonne. La guérilla arrive à se lier avec les paysans et bénéficie aussi de l’appui des mouvements anti-Batista des villes. En particulier, dans les premiers jours de 1959, alors que Batista est en fuite, une grève générale parvient à faire échouer une tentative de coup d’État menée par ses généraux, et les guérilleros entrent triomphalement à la Havane. Guevara, par les capacités militaires dont il a su faire preuve, est une figure majeure de cette victoire.

À partir de ce moment-là, Guevara occupe plusieurs postes de responsabilité au sommet de l’État cubain (il est proclamé “citoyen cubain de naissance” par le gouvernement révolutionnaire). Après quelques mois à la tête de la prison de la forteresse de Cabaña, il entre au gouvernement en octobre 1959 ; il est d’abord chargé de la réforme agraire, puis nommé président de la banque nationale. À partir de février 1961, il est ministre de l’industrie et lance un plan d’industrialisation, qui avortera. Pendant cette période, il joue aussi un rôle important sur le plan international, en particulier dans les relations avec le bloc dirigé par l’URSS et le bloc des “non-alignés”. Il est aussi chargé de représenter Cuba à l’ONU, où il dénonce férocement l’impérialisme.

Durant ces années, il commence à prendre du recul vis-à-vis de la bureaucratie stalinienne, à qui il reproche de ne pas s’engager fermement auprès des peuples luttant contre l’impérialisme. Il est vraisemblable que ces critiques lui ont valu l’invitation à quitter le gouvernement cubain en 1965 sous la pression de l’URSS. Officiellement, une lettre de Guevara fait part de sa volonté de partir dans d’autres pays du monde pour mener la lutte révolutionnaire.

À partir d’avril 1965, il se rend au Congo avec une poignée de militants cubains pour appuyer un mouvement révolutionnaire se réclamant du marxisme, auquel ils servent en particulier d’instructeurs militaires. Cette expédition, décimée par les troupes de Mobutu, se solde par un échec, comme Guevara le reconnaîtra lui-même, et il quitte le pays au début de 1966.

Après quelques mois de clandestinité, il arrive en Bolivie en novembre 1966 avec quelques dizaines de combattants, afin de créer un nouveau “foyer de guérilla”. La troupe s’installe dans les zones montagneuses pour échapper à l’armée. Guevara pense pouvoir compter sur l’appui des paysans locaux. Mais sa guérilla reste isolée et l’appui logistique de Cuba insuffisant. L’armée bolivienne, qui reçoit l’aide de la CIA, traque les troupes guévaristes en déroute. Guevara et ses hommes sont capturés le 8 octobre 1967 et assassinés le lendemain, mourant héroïquement pour la cause de la révolution telle qu’ils la concevaient.

Un trotskyste qui s’ignore ?

Certains groupes trotskystes aiment à présenter Guevara comme un trotskyste “naturel”, qui serait parvenu aux positions politiques de Trotsky grâce à ses propres expériences. Les arguments les plus souvent avancés sont la dénonciation par Guevara de la bureaucratisation à Cuba même, ses prises de position internationalistes et ses analyses se rapprochant de la stratégie de la révolution permanente. Toutefois, faute d’avoir assimilé les leçons essentielles de Marx et de Lénine, ces combats sont restés inefficaces.

“Révolution socialiste ou caricature de révolution” : Guevara et la lutte contre la bourgeoisie nationale

Guevara a acquis son prestige parmi la jeunesse radicalisée d’Amérique Latine dans les années 60 en tant que représentant le plus éminent de la révolution cubaine. En effet, le renversement du dictateur Batista après une brève période d’alliance avec la bourgeoisie du Mouvement du 26 mai et l’expropriation de la bourgeoisie étaient la réfutation pratique de la politique de la bureaucratie stalinienne dans les pays semi-coloniaux. Les staliniens prétendaient que, étant donné le retard du développement capitaliste en Amérique Latine, le temps de la révolution socialiste n’était pas encore venu et qu’il fallait chercher des alliances avec les secteurs “progressistes” de la bourgeoisie nationale contre l’impérialisme. Guevara déclarait contre cette capitulation des PC devant leur bourgeoisie que “le devoir de tout révolutionnaire, c’est de faire la révolution” et proclamait, dans une fomule qui devait rester célèbre, qu’il s’agissait nécessairement d’une révolution socialiste : “Il n’y a pas d’autres changements à faire : révolution socialiste ou caricature de révolution.” Au contraire de ses épigones contemporains, qui soutiennent tous le bonaparte bourgeois Chavez, Guevara avait appris de son expérience que la bourgeoisie nationale et les propriétaires fonciers ne pouvaient plus jouer de rôle révolutionnaire : “Dans les conditions historiques actuelles de l’Amérique Latine, la bourgeoisie nationale ne peut pas prendre la tête de la lutte antiféodale et anti-impérialiste. L’expérience démontre que dans nos nations cette classe, même lorsque ses intérêts sont en contradiction avec ceux de l’impérialisme américain, a été incapable de s’affronter à celui-ci, paralysée par la peur de la révolution sociale et effrayée par la clameur des masses exploitées” (2). C’est là un point indiscutable de convergence avec le trotskysme.

La paysannerie comme moteur de la révolution socialiste

Mais Guevara a néanmoins une idée radicalement différente de la dynamique de classe qui doit rendre possible la révolution socialiste en Amérique Latine. Il fondait sa stratégie politique sur son analyse de la révolution cubaine : “Nous considérons que les trois apports fondamentaux de la révolution cubaine à la mécanique des mouvements révolutionnaires en Amérique sont : 1) les forces populaires peuvent gagner une guerre contre l’armée; 2) il ne faut pas toujours attendre que toutes les conditions pour la révolution soient réunies ; le foyer insurrectionnel peut les créer ; 3) dans l’Amérique Latine sous-développée, le terrain de la lutte armée doit être fondamentalement la campagne(La guerre de guérilla). Et il précisait : « Dans les conditions actuelles de l'Amérique, les lieux offrant les conditions idéales pour la lutte se trouvent à la campagne et par conséquent la base des revendications sociales que le guérillero défendra sera le changement de structure de la propriété agraire. » Il en concluait : « Le guérillero est fondamentalement et avant tout un révolutionnaire agraire. » (Qu'est-ce qu'un guérillero ?) Pour les trotskystes, au contraire, par sa place dans les rapport de production capitalistes, seule la classe ouvrière, même si elle est numériquement minoritaire, peut diriger une révolution victorieuse contre le capital, en entraînant derrière elle la paysannerie et la petite bourgeoisie pauvres. Celles-ci, en revanche, même si elles sont très opprimées et très pauvres, n’ont pas d’alternative à opposer à l’organisation capitaliste de la société et ne peuvent qu’osciller entre les deux classes fondamentales de la société capitaliste, le prolétariat et la bourgeoisie. Il ne s’agit d’ailleurs pas là d’une invention théorique de Trotsky, mais de la continuité du marxisme : une révolution socialiste ne peut être dirigée que par le prolétariat et elle ne peut consister qu’en l’auto-émancipation des travailleurs eux-mêmes. C’est pourquoi elle suppose un long travail de préparation au sein du prolétariat pour développer sa conscience politique et son auto-organisation : c’est le travail patient de la construction d’un parti politique marxiste révolutionnaire s’appuyant sur la lutte de classe spontanée du prolétariat.

L’expérience des années 60 et 70 en Amérique Latine a pleinement confirmé la justesse de cette perspective générale. À l’exception de Cuba, les divers foyers de guérilla ont toujours rencontré un échec retentissant, que ce soit en Bolivie, en Argentine ou encore au Pérou. Mais même la victoire de la guérilla à Cuba n’a été possible que par l’intervention autonome du prolétariat déclenchant la grève générale contre Batista et par les hésitations de l’impérialisme à soutenir un Batista chancelant face au Mouvement du 26 mai, qui ne se déclarait au début nullement socialiste. Partout, la montée révolutionnaire s’est exprimée sous la forme de la montée de l’auto-activité prolétarienne. C’est un soulèvement dirigée par la COB et les secteurs les plus concentrés du prolétariat, à commencer par les mineurs, qui a renversé la dictature miliaire en Bolivie à la fin des années 60 et ouvert une situation révolutionnaire. C’est la poussée du prolétariat au Chili, culminant dans l’organisation des “cordons industriels”, c’est-à-dire des assemblées coordonnant les comités d’usine par régions industrielles, qui a porté Allende au pouvoir et qui a conduit la bourgeoisie à un coup d’État militaire pour briser cette offensive. C’est aussi l’indépendance croissante des secteurs les plus concentrés du prolétariat en Argentine entre 1969 et 1976 qui a conduit la bourgeoisie à rappeler Peron, puis, face au développement des coordinations inter-usines et à la grève générale imposée par la base de la CGT, à recourrir à un sanglant coup d’État militaire pour briser cet élan (3).

Enfin, seul le prolétariat, expropriant le capital et les propriétaires fonciers, est capable de donner satisfaction aux revendications de la petite bourgeoisie, par l’instauration d’une banque d’État unique (les libérant de l’usure) et par la mise à leur disposition d’un matériel moderne, en transition vers une agriculture collective. Ce qu’illustre justement la révolution cubaine, c’est l’inconséquence et la duplicité sociale des mouvements nationaux petit-bourgeois : si la direction castriste a dû prendre dans un premier temps appui sur la classe ouvrière dans son combat pour l’indépendance nationale, et aller plus loin qu’elle ne le voulait elle-même vers la satisfaction des revendications de celle-ci, l’histoire a montré qu’elle a depuis, malgré les déclarations fracassantes, cédé aux exigences impérialistes (4).

La stratégie guérilleriste : substitutisme et discipline militaire

L’analyse de Guevara faisant de la paysannerie la classe centrale de la révolution débouche sur une stratégie guérilleriste qui prétend sauter par dessus le processus de maturation politique du prolétariat et de la petite paysannerie par un électrochoc produit à partir d’un foyer de guérilla. Dans cette conception, une petite avant-garde éclairée doit se substituer à l’auto-activité des masses. Il en résulte que le parti-armée fonctionne selon une discipline militaire stricte. Pour Guevara, “l’organisation militaire se fait sur la base d’un chef (…) qui nomme à son tour les différents commandants de régions ou de zones, avec le pouvoir de gouverner sur leur territoire d’action (…). Quand cette discipline se rompt il faut punir celui qui l’a rompue (…), le punir drastiquement et appliquer le châtiment là où cela fait mal.

À l’opposé, les trotskystes, dans la continuité du marxisme révolutionnaire, conçoivent le parti comme l’avant-garde de l’avant-garde, dont la fonction est d’aider la classe à s’auto-organiser et à progresser dans sa conscience politique. C’est pourquoi ils se battent partout pour la démocratie ouvrière la plus complète et considèrent que leur parti doit être organisé sur la base du centralisme démocratique, avec à la fois une pleine liberté de discussion sur le programme et l’orientation, et la plus complète unité dans l’action. Cette discipline bolchévique n’est pas une discipline militaire, mais le produit de l’élévation de la conscience de classe, de la liaison des militants avec la masse des travailleurs et de la possibilité de vérifier dans la pratique la justesse de l’orientation du parti.

La conception bureaucratique de l’État ouvrier et la lutte purement morale contre la bureaucratie

La conception stratégique de Guevara n’a pas seulement pour conséquence un parti organisé sur le modèle d’une armée, mais aussi une conception bureaucratique de l’État ouvrier, appelé à construire le socialisme par en haut. Certes, lorsqu’il était lui-même à la tête de l’État cubain, Guevara, n’a pas manqué de critiquer la bureaucratie, non seulement telle qu’elle sévissait en URSS et en Europe de l’Est, mais aussi dans ses manifestations à Cuba même. De plus, son comportement personnel, fait d’austérité, de refus de tout privilège lié à sa fonction, en ferait un symbole de la lutte contre la bureaucratie, au point que certains en viennent à se demander si l’évolution dictatoriale du régime cubain n’aurait pas pu être évitée dans l’hypothèse où Guevara serait resté au gouvernement.

Mais, premièrement, son départ même de Cuba est un signe que la bureaucratisation du régime cubain avait déjà bien avancé pendant qu’il en faisait partie et que la révolution cubaine était donc déjà sur la voie de l’échec. Si l’on en croit l’argument couramment avancé, selon lequel Guevara a été prié de quitter le gouvernement sous la pression de la bureaucratie d’URSS, cela révèle, s’il en était besoin, que le pouvoir à Cuba n’était pas du tout entre les mains des masses, mais entre celles d’une poignée d’individus. Et cela confirme que la révolution cubaine, isolée internationalement, était déjà inféodée à la bureaucratie stalinienne : sa survie était liée aux intérêts contre-révolutionnaires de cette dernière à l’ère de la “coexistence pacifique” avec l’impérialisme.

En second lieu, et plus fondamentalement, l’inefficacité de la lutte contre la bureaucratie de la part de Guevara tient aux limites petites-bourgeoises de sa pensée et de son action. Guevara faisait de la lutte contre la bureaucratisation une affaire individuelle, morale. De ce point de vue, il appliquait certes pour lui-même ce que l’on est en droit d’attendre d’un dirigeant révolutionnaire, en refusant les privilèges matériels qu’aurait pu lui apporter sa fonction ; il tenait même tellement à sa valeur d’exemple qu’il s’engageait régulièrement dans des entreprises de travail volontaire lors de son temps libre ; et il exigaeait aussi cette discipline de ces collaborateurs : ceux qui ne feraient pas de travail volontaire ne progresseraient pas dans son ministère… Mais on ne peut pas faire de politique en se basant principalement sur la morale et en comptant sur un comportement individuel irréprochable des uns et des autres. Les principes de la démocratie ouvrière ne sont pas de simples ornements, ils sont indispensables à la réussite de la révolution. C’est en choisissant démocratiquement ses délégués aux postes de reponsabilités, en ayant la possibilité de les révoquer en cas de manquement, que la classe ouvrière peut éviter que ne se forme une couche de parasites bureaucratiques au-dessus d’elle. Or, tout au contraire, la révolution cubaine a toujours été conduite par une équipe petite-bourgeoise, pour qui la classe ouvrière pouvait servir de force de frappe en cas de besoin, mais n’avait pas vocation à diriger la révolution. Guevara n’a pas plus que les autres dirigeants cubains lutté pour une véritable démocratisation du régime, c’est-à dire pour son dépassement vers une authentique dictature du prolétariat. Tout au contraire, dans la suite de son parcours, il a théorisé sa méfiance à l’égard de la classe ouvrière, trop engluée selon lui dans cette “mentalité de classe ouvrière exploitée et spoliée, qui lutte seulement pour des revendications économiques”.

Ce mélange de rejet envers les aspirations de la classe ouvrière et de comportement moralisateur, dans lequel certains croient reconnaître un formidable humanisme – avec la promotion de l’“Homme nouveau” par Guevara, c’est-à-dire de l’homme enfin débarrassé de l’aliénation due à la domination du capitalisme et des appétits matériels – s’est reflété dans la politique du régime cubain : ainsi celui-ci a-t-il appelé “campagne grandiose pour déraciner le vieux vice d’un économisme étroit chez les travailleurs”… sa décision d’imposer des baisses de salaires ! L’austérité comme valeur est inefficace pour lutter contre la bureaucratisation ; quand elle est imposée à une classe ouvrière privée du pouvoir, ce n’est rien de plus que la triste banalité de la domination bourgeoise.

L’internationalisme

En sa qualité d’Argentin de naissance ayant mené une révolution victorieuse à Cuba, par son célèbre appel à créer “deux, trois, beaucoup de Vietnam” pour lutter contre l’impérialisme, par son engagement personnel dans la lutte armée au Congo, puis en Bolivie, qu’il a payé de sa vie, Guevara semble être un symbole de l’internationalisme révolutionnaire. Mais, là encore, cet engagement, si courageux soit-il, est marqué par ses limites petites-bourgeoises.

La victoire contre l’impérialisme, à travers son laquais Batista, a engendré un mouvement de sympathie et un certain prestige pour la révolution cubaine, en particulier en Amérique du Sud. Mais, contrairement à l’avènement de la IIIe Internationale avec la révolution russe de 1917, cela n’a entraîné aucun pas vers la construction d’une organisation internationale pouvant servir d’outil pour étendre la révolution.

L’isolement de la révolution cubaine ne pouvait que la mener à sa perte ; pour ne pas retomber dans les griffes de l’impérialisme, les dirigeants cubains ont dû se tourner vers l’URSS et la Chine. Ensuite, certes, Guevara a critiqué durement ces régimes, coupables de marchander leur soutien aux luttes armées contre l’impérialisme, en particulier au Vietnam, de ne pas engager la “lutte à mort”, sans frontière, contre l’impérialisme. Mais, restée dans les limites étroites d’un nationalisme radical et n’ayant pas construit l’outil politique pour mener cette lutte à mort, une telle attente envers la bureaucratie contre-révolutionnaire ne pouvait qu’être déçue.

Cette conception de l’internationalisme comme une juxtaposition de nationalismes radicaux se retrouve dans la suite du parcours de Guevara, au Congo, puis en Bolivie. Bien sûr, on peut louer le courage physique de Guevara, qui a dirigé lui-même ces expéditions armées, mais celles-ci marquent aussi l’impasse de la méthode du “foyer” et de la guérilla théorisée par Guevara. Pour lui, prenant exemple sur la victoire à Cuba, l’activité d’un noyau de guérilleros pourrait servir d’étincelle pour un mouvement révolutionnaire de masse. Mais, contrairement à ce qui s’est passé à Cuba, ces expéditions, de plus mal préparées, n’ont jamais pu faire la jonction avec les mouvements de contestation locaux. En Bolivie particulièrement, le parti pris de voir dans les paysans, en raison de leurs conditions de vie misérables, le fer de lance révolutionnaire, et de négliger la classe ouvrière malgré la force que lui confère sa place dans les rapports de production, s’est révélé dramatique. De plus, les troupes de Guevara, méconnaissant le problème spécifique de l’oppression ethnique des paysans indigènes, n’ont pas su faire la jonction avec ceux-ci, qui les dénonçaient le plus souvent à l’armée. Enfin, malgré cet échec, Guevara a persisté dans son principe de ne pas prendre appui sur le mouvement réel de la classe ouvrière organisée. Ainsi, alors que les mineurs, l’avant-garde du prolétariat en Bolivie depuis la révolution de 1952, organisés au sein de la COB, s’affrontaient à l’armée et étaient défaits dans le sang, Guevara s’est adressé à eux pour les inviter à rejoindre la guérilla et à ne pas “perséverer en des tactiques fausses, héroïques sans doute, mais stériles”. Par une triste ironie, l’impasse de la guérilla a mené cette poignée de combattants courageux à la mort à peine quelques mois plus tard.

Malgré une ressemblance superficielle, il y a donc bien une différence en termes de classe entre les principes de Guevara et ceux du trotskysme. On ne saurait reprocher à un militant son origine sociale, mais force est de constater que Guevara n’a pas, sur plusieurs points, rompu avec l’idéologie de sa classe d’origine, la bourgeoisie nationaliste d’un pays dominé. Or l’anti-impérialisme de celle-ci ne peut qu’être inconséquent, car non réellement anti-capitaliste. Le fait que des organisations se réclamant du marxisme révolutionnaire et plus spécifiquement du trotskysme, soient prêtes à suivre ses conceptions, en particulier en reprenant l’idée qu’un mouvement nationaliste petit-bourgeois puisse devenir la direction d’une révolution socialiste, est révélateur de leur abandon des principes de classe.

Les organisations qui, comme la LCR, font l’apologie de “Che” Guevara, concèdent aussi bien souvent ce genre de critiques à son encontre, portant sur la sous-estimation du rôle du parti, la théorie de la guérilla ou le manque de relation avec la classe ouvrière. Toutefois, ce ne seraient selon elles que les inévitables points faibles d’un homme, qui pèseraient peu face à ses qualités de courage personnel, d’honnêteté, de conformité entre ses actes et ses idées. Mais, au-delà de la place des individus dans l’Histoire, l’essentiel est de dégager les positions programmatiques qui permettront la victoire de la révolution prolétarienne. À cette aune, suivre le chemin de Guevara, en oubliant ou même en sous-estimant la place dirigeante que devra avoir la classe ouvrière dans la révolution, la nécessité qu’elle s’organise pour cela à l’échelle internationale et l’impossibilité de mener une révolution anti-impérialiste qui ne soit pas réellement prolétarienne, ne pourrait mener qu’à une impasse.


1) Guevara, une braise qui brûle encore, co-écrit avec Michael Löwy, Mille et une nuits, septembre 2007.

2) Ernesto Che Guevara. La guerre de guérilla (1960). Maspero, Paris, 1968.

3) Cf. sur ce point la passionnante recherche réalisée par des militants du PTS sur cette période, Insurgencia obrera en la Argentina, 1969-76, Ruth Werner et Facundo Aguirre, Éditions IPS, Buenos Aires, 2007. — Notons que la direction de la “Quatrième Internationale”-Secrétariat Unifié (organisation internationale à laquelle appartient la LCR) a dans cette période entièrement épousé les positions guérilléristes, avec des conséquence désastreuses en Bolivie et en Argentine, et au prix d’une scission dans ses sections latino-américaines, notamment en Argentine. Nous y reviendrons dans un prochain article.

4) Ce processus s’est accéléré dans les années 1990, avec la fin du monopole du commerce extérieur, la dissolution de l’organisme de planification et le vote d’une loi sur les investissements étrangers. Aujourd’hui, de nombreux secteurs (pétrole, tourisme, agro-alimentaire…) sont dominés au moins en partie par des entreprises à capitaux étrangers, en particulier en provenance des pays impérialistes européens.

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